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Lundi 11 février 2008

           Tandis qu’en France le peuple prenait les armes pour renverser un système de monarchie qui les tyrannisait depuis trop longtemps, de l’autre côté de l’Atlantique, George Washington devenait premier Président des États-Unis d’Amérique. Quatre ans plus tard, Robespierre accédait au même poste au sein de la Première République Française. Quasi-synchronisme historique, la France et les USA établissent leur premier système politique démocratique à la même époque.

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           Depuis, il y a eu 4 nouvelles Républiques en France, parfois entrecoupées de brefs retours à un système totalitaire, introduits par des coups d’État. Dans le même espace de temps, malgré quelques Présidents assassinés et des mouvements sociaux bien plus vastes que ceux dont la France à fait l’expérience, le système nord-américain a toujours vu des transferts démocratiques du pouvoir. Les États-Unis auraient-ils donc une meilleure démocratie que la France ?

           Et d’ailleurs, qu’est-ce qui fait qu’une démocratie est meilleure qu’une autre ? Quels sont les caractéristiques qui font une bonne démocratie ? De but en blanc, je dirais : le respect de l’esprit démocratique, c’est-à-dire le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. Le pouvoir du peuple peut être mesuré par les systèmes d’expressions du peuple (partis politiques, référendums, type de suffrage) ; le pouvoir par le peuple peut-être mesuré par les systèmes de participation du peuple à la vie politique (type de suffrage, taux de vote, influence des grèves et manifestations) ; le pouvoir pour le peuple peut être mesuré par le degré d’intégrité du gouvernement.

           En ce qui concerne les partis politiques, on est tous, ou presque, au même niveau. Bien que les partis français soient plus nombreux et mieux connus, on reste dans un système de bipartisme droite-gauche qui n’est pas si différent que ça du système américain. On pourrait arguer du fait que Démocrates et Républicains sont, proportionnellement aux partis Français, du même bord politique, mais d’un autre côté les partis indépendants aux États-Unis n’ont vraiment rien à voir avec les partis dominants, et offrent donc une plus grande diversité.

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           Les référendums sont absents du paysage politique aux USA, tandis qu’en France ils sont devenus une tradition de la 5e République. Bien que ce ne soit pas exactement une utilisation directe du pouvoir, aucun président ne se risquerait à aller à l’encontre d’une telle décision populaire, fut-elle très partagée (49%-51%) : on a vu un Président démissionner et une constitution refusée à coup de référendum.

           Le suffrage, direct en France, indirect aux États-Unis, est un point intéressant. En France on n’imagine pas laisser un collège électoral, fut-il préalablement élu par nos soins, voter à notre place (sauf pour le premier mandat de Charles de Gaulle). Après tout, moins il y a d’électeurs, moins les pourcentages de vote finaux sont représentatifs, tout comme un sondage sur un échantillon de 1000 personnes est censé représenter 60 millions de français.

           Aux USA, on n’imagine pas comptabiliser deux fois de suite les votes de 300 millions d’habitants. Et puis, que sait le peuple ? Il vaut mieux laisser les élites décider. Ce qui ne manque pas forcément de bon sens, surtout aux États-Unis, où, puisqu'on y arrive, le taux de participation aux élections présidentielles stagne depuis un siècle aux alentours de 50-60%. Quant aux représentants et aux sénateurs, ils ne déplacent qu'entre 40 et 60 % de l'électorat les années présidentielles, et entre 30 et 50 % les années non présidentielles.

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           Quand on sait qu'en France, depuis le début de la 5e République, le taux de participation aux élections présidentielles et législatives (sauf très récemment) a varié entre 70 et 80 %, on a la claire impression que les USA n'ont que peu d'intérêt pour la politique de leur pays. Le matérialisme ambiant doit sûrement y être pour quelque chose, de même qu'un certain autocentrisme rural, quand on voit que la Sun Belt et le Mid-West on les taux de participation les plus bas.
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           Pour les manifestations populaires, on pourrait croire que la France, avec son passé de soixante-huitarde et ses grêves incessantes (et jusque dans des lieux où faire la grêve n'a aucun sens, comme les Universités par exemple) se verrait facilement accorder la médaille du pays le plus démocratique... Cependant, vous en conviendrez, non seulement en France cette capacité de protestation vire parfois à l'excès, mais surtout il ne faut pas oublier que les USA a subi ses propres influences sociales sur le pouvoir en place : entre esclavage, ségrégation, apartheid, et racisme, les mouvements de revendications sociales des Afro-Américains se sont largement développés, auxquels on peut ajouter les manifestations de la communauté Hippie et le mouvement politique Amérindien. Les États-Unis ont été le théâtre d'évènements socio-politiques bien plus vastes et sérieux qu'en la France, et les 27 amendements à leur Constitution en sont la preuve.

           Enfin l'intégrité du pouvoir peut être remise en question, surtout en Amérique où les scandals d'abus de la loi par les entreprises n'ont dégal que les sommes versées par ces mêmes entreprises pour faire établir des lois en leur faveur. Par exemple, le chapitre 11 de l'ALENA permet à toute entreprise de demander des comptes au gouvernement pour toute régulation qui lui ferait perdre de l'argent - fut-elle justifiée par des motivations les plus nobles. Pour vous donner une idée, on invente un additif pour l'essence qui permet de purifier l'air. L'additif se révèle par la suite être cancérigène, donc une régulation d'ordre de santé publique est mise en place pour interdire l'ajout de ce produit à l'essence.

           Or cela fait perdre beaucoup d'argent à une entreprise Canadienne qui produit le principal composant de cet additif. L'entreprise Canadienne traîne le gouvernement des USA en justice privée (c'est-à-dire que l'affaire va être jugée par un jury de businessmen du même bord, comme établit par le chapitre 11 de l'ALENA) et obtient un dédommagement de plusieurs millions de dollars. Pas bien, les Canadiens... si ce n'est que la situation inverse se produit un an plus tard, au Canada, avec une entreprise Américaine. Même chose au Mexique, à coup de déchets toxiques. Du coup plus aucun état n'ose faire passer de lois environnementales ou de santé publique dès lors que cela risque de faire perdre de l'argent à une entreprise quelconque... vive la démocratie.

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           Le lobbyisme galopant n'arrange évidemment pas les choses, et au final les intérêts des grosses sociétés passent avant l'intérêt du peuple. Mais est-ce vraiment mieux en France ? Entre les politiciens qui font voter les morts, ceux qui manipulent le vote électronique (mais non, mais non, c'était juste un bug informatique), les membres du Parlement qui votent des lois en leur propre faveur (comme pour l'histoire des 5000 euros par mois pendant 6 mois puis 1000 euros par mois à vie pour tout ancien membre du Parlement, loi passée en 2007) et les apparitions ostentatoires de notre cher Président aux côtés des dirigeants de grandes entreprises européennes (et faisant copain-copain avec Bush), il n'y a pas de quoi faire les malins.

           Alors au final, qui a la meilleure démocratie ? Sincèrement, je ne suis pas tout à fait sûr. J'aurais tendance à dire que la situation est légèrement moins grave en France, mais je ne suis probablement pas tout à fait objectif sur la question, et en même temps c'est probablement plus facile de rester dans le droit chemin pour une population plus restreinte que pour un ensemble de 50 Etats. Et c'est ce qui me fait penser que la solution, c'est une multitude de microsociétés... mais bon, je peux me tromper (si si, ça arrive).

Par Malak - Publié dans : Réflexion - Communauté : Tout, rien, pas n'importe quoi
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