Alors donc ma carte bleue allait arriver à expiration en Février, et ma chère mère m'a
dûment répété une trentaine de fois que je devrais faire un essai avec mon autre carte bleue pour voir si elle marchait, avant la date limite de la première; afin que mes parents aient le temps
de m'envoyer ma nouvelle carte bleue si besoin était. Evidemment, j'ai attendu Février - autrement dit j'ai attendu de ne plus avoir le choix - pour essayer mon autre carte bleue. En attrendant,
j'ai fait une jolie mosaïque avec mon ancienne carte...
Et bon il se trouve qu'aux USA le système est légèrement différent dans la plupart
des DABs, on insère la carte et on la retire rapidement, tout comme dans de nombreux magasins on la passe dans la machine, elle n'a pas besoin de rester dans la fente pendant toute la durée de
l'opération. Or donc comme je me prépare à aller à la Nouvelle Orléans, il me faut avancer une partie de l'argent, 150 dollars (soit environ 95 euros). Par conséquent j'essaie plusieurs DABs, en
commençant par celui de Bank of America, seul DAB qui acceptait de me laisser retirer de l'argent avec la carte bleue que j'utilisais jusqu'ici.
Mais non, tout ce que ces stupides machines savent me répondre, c'est que la transaction est invalide, et que ma carte est retenue.
Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Je vais sur Internet et je vérifie mon code confidentiel, j'utilise même ma carte à Starbucks, et tout marche bien, mais dès qu'ils s'agit d'intéragir
avec un DAB, c'est l'écran-bleu-de-la-mort (un peu comme la fois où j'ai effacé Windows de l'ordinateur... faudra que je vous raconte, un jour). Quoi qu'il en soit, comme je me retrouve en retard
pour payer, j'obtiens d'un ami, Eric, qu'il me fasse faire la tournée des DABs de la ville afin de forcer ces machines crétines à me filer mon fric...
Ce qui nous amène au rare distributeur de joplin qui ressemble aux DABs français - à savoir, il avale la carte pour la lire et ensuite
il la régurgite (et oui, que c'est appétissant). Pour commencer, pas de surprise : écran-bleu-de-la-mort. Mais ensuite, il me rend pas ma carte. Alors je pianote sur les boutons, j'essaye
d'annuler, mais il ne veut rien entendre, il est déjà prêt pour le prochain client. Je jure plusieurs fois dans ma langue maternelle (Douce France...), sur quoi Eric me signale que, le DAB étant
américain, il ne comprend probablement pas le français.
Et puisque le français se rend compte qu'il ne comprend pas le DAB américain non plus, il décide d'aller faire un scandale au guichet,
comme son papa lui a appris. Une brune superficielle aux grands airs me fait face, et déjà je sens que l'affrontement va être rude.
- Votre DAB (de merde) il m'a volé ma carte bleue.
- Vous voulez dire qu'il la retient ?
- Il me l'a pris et il veut pas me la rendre (joue pas sur les mots, connasse, c'est pas le moment).
- (...) En général, ce genre de chose arrive quand les gens n'entrent pas le bon code.
- Ben il m'a même pas laissé ré-essayer, il a avalé ma carte à la première tentative !
- Le DAB considère que si le code est mauvais, alors la carte doit avoir été volée.
- Bon, en tous cas je peux prouver que c'est la mienne. Vous pouvez me la rendre ?
- Nous sommes désolés mais ceci est en dehors de notre contrôle.
- ... (qui c'est "nous" ? vous êtes plusieurs, là-dedans ?) Bon alors à qui faut que je m'adresse ?
- Les employés qui s'occupent du DAB passent en général en début d'après-midi. Mais ils ne vous rendront pas votre catre, toute carte retenue par le DAB est détruite.
- ... (hé hé... tu te fous de ma gueule ?) Mais c'est MA carte, je peux le prouver, j'ai un permis de conduire et une carte d'identité à mon nom, et avec ma photo !
- Nous sommes désolés, mais ceci est en dehors de notre contrôle.
- (inutile de discuter avec cette débile) Bon, je vais vous laisser mon numéro de téléphone et mon nom, et vous n'avez qu'à m'appeler quand les employés du DAB arrivent, ok ?
- Nous allons voir ce que nous pouvons faire, mais nons ne vous promettons rien.
Donc on retourne dans la voiture, on rentre sur le campus et je me dis merde, parce qu'il faut vraiment que je paye une
partie mon voyage pour la Nouvelle-Orléans aujourd'hui. Non pas qu'on ne pourrait pas trouver un arrangement, mais j'aime pas devoir de l'argent. On se gare à la fac et Eric me demande si ça me
dérange qu'il prie pour moi. La situation peut sembler comique, et il y a de quoi, surtout à ce moment-là où je me dis que même le Saint-Esprit ne pourrait pas grand-chose contre les abîmes de
crétineries humaines, mais soit, si ça lui fait plaisir...
Au final "nous" m'appelle vers 13h30 en me disant que ma carte est récupérée, que je peux passer la chercher avec une pièce
d'identité. Par la suite je retire aussi de l'argent et je paye pour la moitié du voyage. Evidemment Eric est convaincu que ses prières ont été exhaucées, personnellement je n'y vois rien
d'extraordinaire (malgré ma critique de la nature humaine), ce qui m'aurait vraiment surpris aurait été que la banque détruise ma carte. Autant la pimbèche du guichet était stupide et frileuse,
autant dans mon expérience de la vie, les choses finissent généralement par s'arranger (mais bon faut gueuler quand même).
Par exemple, depuis jeudi j'ai dû monter en quatrième vitesse un déjeuner
crêpe, en faisant des pieds et des mains pour obtenir pour mardi une salle, le matériel de cuisine, et surtout une estimation du nombre de personnes qui vont venir, pour avoir une idée du budget,
du prix, des quantités... Le tout afin de collecter des fonds afin de financer le voyage à la Nouvelle-Orléans pour ceux qui n'ont pas les moyens (oui je sais, que c'est noble !). Et ben tout
s'est organisé en catastrophe, mais jusqu'ici je suis plutôt optimiste. J'ai même obtenu du rhum de la part de Mrs Udell, malgré le fait que l'alcool soit interdit sur le campus. Elle l'a
dissimulé dans un petit tupéroire très discret...
Je crois qu'elle cherche à me faire
éjecter du campus. Quoi qu'il en soit, comme je prévois au maximum 100 $ de bénéfices, j'ai aussi contacté le Rotary Club, puisque c'est tout à fait le genre de projet humanitaire qu'il
sponsorise. Je vous raconterai...